La nuit de Martin Luther King

La nuit de Martin Luther King

Le pasteur baptiste Martin Luther King, Prix Nobel de la Paix et leader mondialement connu du mouvement non-violent de défense des droits civiques des noirs américains, était un chrétien engagé dans le monde. Et à ce titre, il a connu des oppositions violentes et nombreuses. Il mourra assassiné en 1968. Dans cette prédi cation, citée par Serge Molla dans son livre: « Les idées noires de Martin Luther King » (Labor et Fides 1992), il donne le témoignage d’une expérience spirituelle fondamentale qui lui donnera la force de poursuivre son combat.

Mais une nuit, je ne l’oublierai jamais, il était tard, aux environ de minuit – et l’on peut faire d’étranges expériences à minuit – j’avais été retenu par le Comité d’organisation. Quand je rentrai, ma femme était couchée, et je tombai de fatigue dans mon lit, pensant prendre un peu de repos avant de reprendre le travail le lendemain. Et c’est alors que le téléphone sonna. Je pris l’appareil, et j’entendis une horrible voix qui disait en substance: « Ecoute, sale Nègre, on en a marre de toi et de ton merdier. Si dans trois jours tu n’as pas quitté cette ville, on te fait sauter la cervelle, et ta maison avec ». J’avais souvent entendu cela avant, mais je ne sais pourquoi, cette fois-ci ces paroles m’atteignirent. Je me retournai et j’essayai de dormir, mais en vain. J’étais atterré, égaré. Je me levai pour aller à la cuisine me faire un peu de café, pensant que cela me calmerait un peu. (…)

Je me mis alors à réfléchir à beaucoup de choses. A la théologie et à la philosophie que je venais d’étudier à l’Université, en essayant de trouver des raisons philosophiques et théologiques à l’existence et à la réalité du mal et du péché, mais la réponse ne vint pas tout à fait de ce côté là. (..)

imagesTu ne peux qu’en appeler à ce quelque chose, à cette personne dont ton père t’a maintes fois parlé. Cette force qui peut ouvrir un chemin là où il n’y a pas d’issue. Je me rendis compte alors qu’il fallait que la religion devienne pour moi une réalité et que je connaisse Dieu pour moi-même. J’inclinai la tête devant cette tasse de café – ça je ne l’oublierai jamais ! – et je me mis à prier. Je priai à haute voix cette nuit-là, et je dis: « Seigneur, me voici – essayant de faire ce qu’il faut faire. Je pense que- j’ai raison. Je pense que la cause que nous représentons est juste. Mais, Seigneur, je dois avouer qu’aujourd’hui je suis faible, je suis en train de craquer, de perdre courage. Je ne peux pourtant pas laisser les gens me voir ainsi, parce que s’ils me voient faible et découragé, eux aussi vont commencer à faiblir. Interviens, Seigneur, et donne-moi la force nécessaire pour que je puisse demain matin me présenter devant le Comité exécutif avec le sourire ». A cet instant, j’entendis une voix intérieure me dire: « Martin Luther, lève-toi. Lève-toi pour le droit, lève-toi pour la justice, lève-toi pour la vérité. Et je serai avec toi. Même jusqu’à la fin du monde. »

Oui, je vous le dis, j’ai vu l’éclair. J’ai entendu le grondement du tonnerre. J’ai entendu les forces du mal se jeter sur moi, essayant de s’emparer de mon âme. Mais j’ai entendu la voix de Jésus me disant de poursuivre le combat. Il promit de ne jamais m’abandonner, de ne jamais me laisser seul. Jamais seul. Il a promis de ne jamais m’abandonner, de ne jamais me laisser seul. Et maintenant je marche en croyant en lui.

Vous aussi, il vous faut le connaître, connaître son nom. Et savoir l’appeler par son nom. Vous ne connaissez peut-être pas la philosophie. (…) Mais si vous le connaissez, vous allez pouvoir en parler en poètes. Vous commencerez à comprendre que nos frères et nos sœurs du passé avaient raison. Parce qu’ils le connaissaient comme un rocher au milieu d’une contrée déserte. Comme un refuge au temps de la famine. Comme la source d’eau quand je suis assoiffé. Comme mon pain au sein de la disette. Et alors, même si vous ne pouvez pas dire cela, vous allez parfois avoir à dire: il est tout pour moi. Il est ma soeur, il est mon frère. Il est ma mère, il est mon père. Si vous croyez cela, si vous le savez, vous n’aurez plus jamais à marcher dans les ténèbres. Ne soyez pas insensés. Ne soyez pas fous! Reconnaissez plutôt que vous êtes dépendants de Dieu. Quand les jours deviennent sombres et les nuits lugubres, dites-vous bien qu’il y a là-haut un Dieu qui règne. Ainsi je ne m’inquiète pas pour demain. Je suis parfois las et troublé, mais je ne suis pas fondamentalement inquiet, parce que j’ai foi en Dieu.

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